LA CORDILLERA DARWIN
Terrain et climat
Terrain et climat Histoire Bibliographie Situation
Le terrain est composé principalement de 3 types d'éléments:

1) L'eau. Elément indissociable de ces montagnes du Bout du monde.
Elle est partout. Dans les océans et fjords qui entourent les montagnes, dans les glaces qui recouvrent la majeure partie du territoire et dans l'air. Les précipitations, fortes et nombreuses, mais plus encore l'humidité particulièrement élevée donne l'impression de vivre en permanence dans l'eau.

2) La végétation, torturée, est un mélange de forêt primaire aux racines puissantes - pour résister aux vents - et de tourba, une couche de mousse spongieuse très profonde. Cette forêt forme un cordon jusqu'à 600m d'altitude entourant l'ensemble des montagnes. Il n'est pas rare de la voir longer les glaciers qui vont se jeter au fond des fjords. C'est un obstacle majeur qui a, à lui seul, bloqué nombre de tentatives d'expédition en Cordillera Darwin.

3) L'environnement glaciaire. Après les impressionnants glaciers des Hielo Patagonico Norte et Sur, la Cordillera Darwin est le troisième champ glaciaire du Chili. Dès la sortie de la forêt, vers 600m d'altitude, l'on entre dans la zone des moraines glaciaires avant de laisser place dès 800m aux glaciers proprement dits, et ce sans parler des langues glaciaires qui descendent jusque dans les fjords. Ces gigantesques glaciers aux crevasses et séracs innombrables sont parmi les plus rapides du monde et certains sommets comme le Sarmiento à 2300m sont connus pour être formés uniquement de neige soufflée ! Ce terrain, sans cesse battu par les vents et les précipitations, est en perpétuelle mutation et subit les assauts spectaculaires de l'actuel réchauffement climatique.

Tout bouge tellement vite que vivre sur ces glaciers donne une étrange impression d'être dans un océan déchaîné où la force des éléments se serait mise sur mode ralenti. Des crevasses qui s'ouvrent et se ferment en une seule nuit, des vents qui nous soulèvent de terre, des chutes de séracs à tout instant... Un terrain qui se meut, qui s'ébroue, s'exprime par tous ses pores...
Terriblement impressionnant autant que fascinant.

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Le climat

Le grand défi ! Certains scientifiques s'accordent pour dire que la Cordillera Darwin est un noeud primordial qui régit les mouvements d'air de la planète entière... supposition ou vérité ? Néanmoins la Cordillera Darwin est soumise au climat le plus tempétueux qui soit. Elle est le premier obstacle aux vents venus de l'Antarctique et au point de rencontre du Pacifique et de l'Atlantique. Une confrontation qui ne laisse jamais en paix cet endroit du globe. Les vents peuvent atteindre des vitesses phénoménales, tourbillonnent sans cesse et l'humidité est particulièrement élevée, surtout entre 0m et 1300m d'altitude.

Le temps peut changer d'un instant à l'autre, faisant défiler les quatre saisons en une seule journée. Soleil, grêle, neige, pluie, températures "chaudes" ou glacées peuvent se succéder en quelques instants.

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Les vents

Sans doute l'un des aspects les plus représentatifs et fabuleux de cette région. Nous sommes à deux pas du fameux Cap Horn, dans la zone nommée par les marins les "Cinquantièmes Hurlants" par analogie aux "Quarantièmes Rugissants". Des mots qui représentent bien la puissance dégagée par les courants aériens des cinquantièmes parallèles. Mais ils ne suffisent pas ! Ils manquent de nuances tant la diversité des vents est importante et variée. Les Yamanas, Indiens qui habitaient dans les fjords et sur les côtes de la Terre de Feu avaient plus de trente mots pour désigner les vents. Une richesse de vocabulaire indispensable pour comprendre les liens qu'entretiennent les airs avec les terres du Bout du monde.

Mais les marins sont sur les océans, à 0 mètre d'altitude. Nous, nous sommes en montagne ! Nous subissons ainsi ces conditions aérologiques complexes, ajoutées au terrain d'altitude qui décuplent les problèmes, en créant des couloirs à vents, en accélérant les vitesses, en créant des tourbillons ingérables qui rendent impossible la détermination du sens du vent.

Notre plus grande hantise, et c'est déjà celle des marins, c'est un coup de Williwoo, une rafale coup de poing, très localisée, pouvant atteindre plus de 150km/h et qui arrive d'un seul coup, sans signe avant-coureur. Il est alors impossible de se tenir debout.

Pourtant, sans ces vents, que serait le Bout du Monde ? Ce sont eux qui changent le climat en un rien de temps et qui ont façonné le terrain. Ce sont eux qui font défiler les nuages, créant mille peintures différentes chaque jour. Ce sont eux qui ont créé le mythe du Cap Horn et de la Terre de Feu. Sans eux, rien ne serait pareil, et la Cordillera Darwin serait explorée depuis longtemps...

Alors, même si vous êtes parfois pénibles, dangereux, mutins ou gênants... Merci les vents !

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