Etude scientifique

 
 

 

 
  La Cordillera Darwin, préservée depuis des millénaires est un formidable pôle de recherche, en particulier en terme de glaciologie, climatologie et biologie. De plus, aimer un milieu, une terre, c'est aussi avoir envie de le connaître mieux, au-delà du ressenti émotionnel fort. C'est pourquoi, dès le début de la préparation de cette expédition, nous avons décidé d'y ajouter un volet scientifique.  
 

Sa difficulté d'accès et son climat ont rendu jusqu'ici les études sur le terrain impossibles. Sans être une mission scientifique au premier sens du terme, ouvrir la voie à une meilleure connaissance de ce milieu est l'un des défis de notre expédition.

Si une partie des mesures sera effectuée durant la traversée, d'autres, les plus importantes, ont été effectuées durant la première partie de l'expédition avec trois scientifiques.
 
     
  Glaciologie - Météorologie - Entomologie/BiologieTopographie Documentation
Physiologie/PsychologieComplément d'étude
 
     
 
Glaciologie
 
  im-ph-nuages-suspensionEn partenariat avec l'IRD (Fr) et la CEQUA de Punta Arenas. Resp. : Bernard Francou.

La Cordillera Darwin subit de plein fouet les problèmes liés au réchauffement climatique. Ses glaciers fondent à une vitesse surprenante. Le plus grand d'entre eux, le Marinelli, à perdu plus de 15 km en 40 ans dont 5 ces dix dernières années. A ce rythme, il est urgent d'y réaliser des études.

D'autre part, des études glaciologiques sont menées, sur l'ensemble de la cordillère des Andes et en Antarctique. La Cordillera Darwin en constitue aujourd'hui le chaînon manquant par rallier la "zone glaciaire" du Vénézuela au Pôle Sud.

Ce qui avait déjà été fait :
Actuellement seul des études comparatives d'après des images aériennes ont été menées. L'une des premières est l'œuvre d'un français, Louis Lliboutry. Il a également dessiné une carte synoptique de la région. Ces études ont permit de montrer le recul impressionnant durant le XXième siècle des glaciers du Nord de la Cordillère. Ceux du Sud, eux, semblent plutôt stagner. Il faut dire que se sont eux qui reçoivent de plein fouet les vents les plus froids.
Voir des images du recul des glaces.

Ce que nous avons fait :
Les conditions climatiques et de terrain ne nous ont pas permis d’effectuer un carrotage de glace, mais de nombreuses observations ont néanmoins pus être effectuées concernant le glacier Marinelli. Ce dernier a un recul inexplicablement rapide depuis quelques décennies, et subit une profonde mutation qui va en s’accélérant. C’est le cas pour de nombreux glaciers de la Cordillera Darwin. Entre 2004 et 2006, la transformation physique et la perte de masse de ce glacier est impressionnante, a tel point qu’il est devenu méconnaissable pour Christian Clot et Karine Meuzard, auteurs d’une première expédition en ces lieux en 2004. Bernard Francou, spécialiste des glaciers des Andes, à été très impressioné par son état et les marques de son recul. Commencé entre 1945 et 1984, le recul de ce glacier d’aujourd’hui 163 km² pour 22 km de longueur, s’est accéléré de manière drastique ces 20 dernières années (10 km de perte) soient au total plus de de 25 km de perdus. Ce retrait du Marinelli est le plus rapide de tous les glaciers documentés d’Amérique du Sud, et l’un des plus rapide au monde. Il reste un mystère alors que les précipitations ont plutôt augmenté avec des températures en réchauffement mais de manière raisonnable. Cela dit, les données météorologiques manquent aujourd’hui pour déterminer quelle est la part du réchauffement dans ce recul, et sont même parfois contradictoires entre différentes stations. De nouvelles études sont actuellement en préparation.
 
     
 
Météorologie
 
  im-ph-coeur-glacier-bleu En partenariat avec l'Université de Punta Arenas. Resp. : Marcelo Arevalo.

Comme expliqué dans la partie Terrain et climat la Cordillera Darwin subit un climat particulièrement perturbé et complexe. Si des stations météos existe à Punta Arenas, Ushuaia et, depuis peu, dans un fjord au niveau de la mer au Sud de la Cordillère, il est intéressant de comparer ces données avec des mesures effectuées directement dans les montagnes.

Ce d'autant plus qu'une étonnante théorie s'est développée depuis quelques années. Certains scientifiques américains pensent aujourd'hui que la plaque tournante que constitue la Cordillera Darwin pourrait influencer la météo sur l'Atlantique Sud et Nord, et ce jusqu'en Europe ! Il est ainsi d'autant plus intéressant d'aller y effectuer des études météorologiques et glaciologiques.

Nous allons effectuer des mesures de températures, de précipitations et de force des vents, selon des protocoles établis à l'avance.

Ce que nous avons fait :
Nous avons installé une station météorologique fournie par La Crossse Technology durant la durée de l’expédition. Installée au col d’accès au glacier Marinelli, à une altitude de 700m. Un baromètre, pluviomètre, anémomètre et thermomètre ont ainsi fonctionné de manière autonome. Malheureusement, les précipitations trop fortes et la neige ont très vite saturé le pluviomètre dont les données n’ont pas été exploitables. Les pressions ont variés de 915 à 938 hPa, avec une moyenne de 923.8 et les températures entre -1° C et 5 °C avec une moyenne de 2.42 °C. Des températures assez clémentes qui ne doivent pas faire oublier qu’avec des vents dépassant 185 km/h et une humidité relative de près de 95%, les températures ressenties sont descendues jusqu’à -30 °C. Cette station sera réinstallée au cours de la seconde partie, puis de manière semi-permanente si possible.
 
     
 
Entomologie / Biologie
 
  im-ph-crevasses-cascade-bleResp. Jean-Jacques Menier et Christian Clot

Lors de l'expédition 2004, nous avons été surpris de constater qu'un nombre impressionnant d'insectes couraient sur le glacier Marinelli. Des insectes de plusieurs centimètres, au corps effilé et avec de longues pattes comme nous n'en avions encore jamais vu sur un glacier. Certes, cela ne veut pas dire grand chose vu nos connaissances restreintes en entomologie. Cependant il n'est pas impossible que le caractère préservé de la Cordillera Darwin aie permis le développement d'espèces uniques.

Ce que nous avons fait :
Selon une procédure mise en place avec le musée d'histoire naturelle, nous avons ramener un certain nombre d'échantillons pour être analysé dans le calme d'un laboratoire. Ces insectes entre 1 et 2 cm, de couleur noire et plus rarement orangée, Du groupe des Plécoptères, des insectes analogues ont été récement découverts sur le Hielo Patagonico Sur, en 2004 et ont été nommés Dragons de Patagonie. Il est possible que ceux observés en Cordillère de Darwin par Karine Meuzard, Christian Clot durant leur première expédition en 2004 et ramenés par Ultima Cordillera 2006 soient arrivés durant la glaciation du canal de Magellan, voilà 40’000 ans et se soient développés depuis en totale autarcie. Une espèce passionante, méconnue, qui intéresse aujourd’hui autant les entomologistes que les chercheurs sur le développement de la vie dans la glace : l’adaptation de ces insectes à la vie dans la glace ouvre de nombreux questionnements. Les échantillons ramenés pour étude sont les premiers au monde venant de ce secteur, séparé du continent par la mer.
 
     
 
Topographie
 
  im-ph-esperanza-bleuEn partenariat avec l'IGN et Thales Navigation. Resp. José Araos et Karine Meuzard

De nombreux sommets n’ont pas de nom et aucun n’a d’altitude, précise. Celles données actuellement ne le sont que par hypothèse. Les rares cartes de la zones sont imprécises et souvent contradictoires les unes avec les autres. Prendre des données de positions et d’altitude est important pour la connaissance ce cordon andin

Ce que nous avons fait :
Avec un GPS professionel – Le Pro MarkIII - nous avons mesuré l’altitude de points de référence entre autres au niveau de la mer- et enregistré des profils de pentes

Lors de la seconde partie de l’expédition, nous tenterons de mesurer plusieurs sommets, dont le point culminant, le Mt Shipton.

Ces données, ajoutées à notre documentation préalable et au travail d’imagerie que nous effectuerons sur place permetra d’établir, par recoupement satellite, la première carte précise de la zone ainsi, qu’un répertoire des sommets de cette chaîne de montagne.
 
     
 
Documentation
 
  Resp. Karine Meuzard

Depuis 2001 et notre découverte de la Cordillera Darwin, nous avons effectué un important travail de documentation. Nous avons réunit toutes les cartes et images aériennes, les études scientifiques déjà effectuées dans la zone et les secteurs alentours et établi une liste quasi exhaustive des expéditions effectuées en Cordillera Darwin.

La compilation de ces données, qui se poursuivra dans les années à venir, permet une meilleure appréhension de ce milieu hors norme et constitue une base de donnée importante, consultable par tous.
 
     
     
 

 Et maintenant : Suite donnée à nos observations !

 
     
  Aujourd’hui, suite à aux observations de l’équipe de l’expédition, l’intérêt de mettre en oeuvre des programmes d’études à long terme a été démontrée.

 
  Des discussions sont engagées entre la CEQUA, l’IRD, l’UNESCO et notre expédition pour mener un programme plus vaste et à long terme de monitoring de certain glaciers de la zone, en même temps que pour installer d’une station météo permanente. Un programme particulièrement important aujourd’hui au vu de la position stratégique de la Cordillera Darwin et de manque important de connaissance à son sujet. Il reste cependant à définir les modalités et les moyens pour mettre en oeuvre ces études. En effet, l’accès terrestre reste particulièrement difficile et l’accès aérien est presque impossible au vu des conditions aérologiques. Le professeur Américian Mayevski, qui a voulu tenter un carrotage presque au même moment que notre expédition l’a bien compris, avec la perte malheureuse de tout son équipement et d’un hélicoptère...
Il est important que les actions soit coordonnées entre les différentes équipes afin de servir la connaissance de ce lieu, et l’expédition Ultima Cordillera, avec sa connaissance de ce milieu, a un rôle important à jouer de ce point de vue.

 
  Ces projets d’études à long terme, issus de nos travaux, sont l’un des plus beaux succès de cette partie scientifique de l’expédition.  
     
 
Physiologie-Psychologie
 
  im-ph-shipton-bleuResponsable : Professeur Jean-Paul Richalet, Université de Bobigny
Avec : Didier Chapelot, nutritionniste et Cécile Vallet, psychologue.

Il est intéressant de voir l’évolution physique et psychique d’un homme et d’une femme soumis aux conditions extrêmes et à l'isolement. Nous effectuerons ainsi des tests avant, pendant et après l’expédition afin d’évaluer les évolutions de l’un et de l’autre.

Ces tests porteront sur deux sujets principaux :
Nutrition : A l'aide d'un cardio-fréquencemètre particulier de la marque POLAR, nous pourrons évaluer entre autre nos dépenses caloriques, et nous connaîtrons d'autre part avec précision nos apports caloriques. Cela permettra, grâce aux bilans complets avant et après l'expédition d'évaluer la perte de masse grasse et surtout de masse sèche, et ce pour chaque partie du corps dissociée. D'autres points sur les fréquences cardiaques seront également étudiés.
Psychologique : Entre le temps 1, avant et le temps 3, après l'expédition et les évaluations que nous effectuons avec le docteur Cécile Vallet, il y a le temps 2, l'expédition. Au cour de cette dernière, chaque semaine, nous effectuerons les mêmes tests : mnémotechnique, mémoire, langage et d'autres plus subjectif comme nos sensations, prise de décision… Cela permettra d'évaluer notre évolution durant l'expédition.
 
     
 
Complément d'étude
 
  - Pour l’EPFL de Lausanne, échantillon de différentes mousses et lichens afin d’ étudier les micro-organismes qu’elles contiennent.
- Etude et documentation historique sur la Cordillera Darwin et sur l’exploration de la zone en particulier.

Et à venir :
Au cours de la seconde partie de l’expédition, la traversée de la partie inexplorée à deux, ces données seront complétées, avec :
- Poursuite des prises de mesure topographiques.
- Nouveau prélèvement d’échantillons d’insectes.