Les premiers habitants de Patagonie : les Indiens nomades


Bien avant l'arrivée des premiers navigateurs au début du XVIe siècle, la Patagonie (et la Terre de Feu) était habitée par plusieurs peuples indigènes, qui occupaient aussi bien les terres que les mers. Longtemps considérés comme les plus vils sauvages et aujourd'hui totalement disparus, ils représentent l'âme de la Patagonie, celle sur laquelle nous allons conduire nos traces.

Il est difficile de savoir avec exactitude à quel moment l'homme a commencé à peupler le Sud de la Patagonie. Il semblerait que cela débute il y a environ 12'000 ans pour s'accélérer à la fin de la dernière mini-glaciation, il y a 9000 ans.

Plusieurs peuples vont progressivement occuper la Patagonie jusqu'à ses extrêmes Sud et la Terre de Feu. Ils vivaient parfois très proches les uns des autres et de manière parfois relativement similaire, sans pour autant avoir entre eux beaucoup de contacts, voir aucun. En effet, la séparation importante de milieux créée par le Hielo Continental a également induit des manières de vivre très différentes et sans pouvoir avoir de contact entre les différents groupes.

  • Sur Terre vivaient les Selk’nam (Terre de Feu) et les Tehuelches (Sud Patagonie), deux ethnies de nomades terrestres.
  • Du côté marins vivaient les Yamanas (Sud de la Terre de Feu) et les Alakalufs (ensemble des canaux chiliens), deux ethnies de nomades marins.

Voir la carte des territoires ci-contre.

Enfin, le nord de la Patagonie était habité par les Mapuches, le plus important peuple Indiens de Patagonie, mais hors du territoire de cette expédition. C'est pourquoi ils ne sont pas présents sur ces pages. C'est le seul de ces peuples qui a survécu jusqu'à nos jours.

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Les peuples nomades marins : Alakalufs et Yamanas

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Un indien Yamana et son fils
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Un canot Alakaluf des dernières époques de leur vie
Ces deux peuples étaient des nomades marins. La pêche et les mollusques constituaient leurs principales ressources, ainsi que dans certains cas la chasse, surtout pour les Alakalufs. Ils passaient le plus clair de leur temps à bord de leurs canots de bois où ils maintenaient en permanence un feu allumé. Un feu très important qui constituait leur seul apport de chaleur, puisqu'ils vivaient nus.

Les Yamanas (ou Yagan) se situaient au Sud de la Terre de Feu et les environs du Cap Horn. Ils n’étaient donc pas sur le parcours de l’expédition, mais j’ai eu l’occasion de parcourir souvent leurs anciens territoires durant les expéditions en Cordillère de Darwin.

Les Alakalufs, ou kaweskars, vivaient dans l’ensemble du détroit de Magellan et remontaient par les fjords jusqu’à l’île Wellington, où se trouve aujourd’hui Puerto Eden, sur les bords du Hielo Continental et parfois plus au Nord encore. Ils s'appelaient eux-mêmes les Kaweskars, ce qui, dans leur langue, veut dire Les Hommes. On connaît mal les rapports qu'ils entretenaient tant avec les Yamanas qu'avec les Tehuelches des terres, dans les rares endroits où des rencontres étaient possibles, là où les montagnes n'étaient pas trop hautes. Mais ils en avaient assurément très peu et vivaient principalement en totale autarcie, jusqu'à l'arrivée des Blancs.

Ces deux peuples vont se réduire rapidement dès les années 1850 en raison des maladies et de la réduction de leurs territoires pour avoir pratiquement totalement disparu dans le premier quart du XXe siècle.

Notre parcours marin s’est principalement déroulé dans les territoires de vie des Indiens Alakalufs.

Les peuples nomades terrestres : Tehuelches et Sel'Nam

Plus grand en taille que les peuples des canots, ces Indiens sont à l’origine du mythe des géants patagons. Ils vivaient sur terre de la chasse et de la cueillette.

Les Selk’nam occupaient la Terre de Feu et se déplaçaient dans l’ensemble du territoire accessible de l’île, excepté dans une petite partie orientale où vivaient un peuple sur un très petit territoire, les Hauch. Ils s’habillaient de peaux de guanaco, avec les poils vers l’intérieur.

Les Tehuelches étaient répartis par petits groupes du détroit de Magellan jusqu’à la hauteur de la ville de Bariloche, soit tout le long du Hielo Continental. Ils nomadisaient principalement d’est en ouest et vice-versa, au bord de l’Océan Atlantique en hiver et proche des montagnes ou dans la pampa en été. Ils s’habillaient de peaux de guanaco, avec les poils vers l’intérieur et dessinaient sur la peau à l’extérieur. Plusieurs sites archéologiques existent témoignant de leur vie dont les fameuses Cuevas de las Manos, proches de la ville de Perito Moreno, où se trouvent des centaines de peintures rupestres.

Comme pour les Alakalufs, notre parcours a traversé de nombreux sites de vie de ce peuple nomade, aux nombreuses légendes.

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Deux indiens Tehuelches


Depuis la découverte du détroit par Magellan en 1520 et l’arrivée des colons, puis des missionnaires, le nombre des Indiens n’a cessé de décroître. Massacrés pour l’obtention des terres ou décimés par des maladies inconnues, il ne restait que quelques individus au début du XXe siècle, avant qu’ils ne disparaissent définitivement quelques années plus tard. Souvent traités de sauvages sans foi, de sous-hommes ou de peuple sale et incapable, l’ensemble de ces peuplades n’ont été que peu étudiées et sous-estimées.

Ce n’est que ces dernières années que quelques nouvelles données commencent à les réhabiliter, mais les informations manquent encore.

Hielo Continental 2009 avait pour but d’aider à mieux comprendre le mode de vie et la raison d’être de ces peuples d’Indiens, terrestre comme marin, en vivant plusieurs mois proche de leurs coutumes, le nomadisme. Cette expédition s’est donc déroulée sur la Trace des Hommes... Un livre est en préparation.